Les bâtiments remarquables de Belfort

Ancienne mairie - maison de ville

Édifié entre 1596 et 1600 sur les plans de l’architecte allemand Heinrich Schickhardt, le second hôtel de ville de Belfort - après celui de la rue de l’étuve - a un grave inconvénient : à la suite des travaux de Vauban, il gêne l’entrée de la ville du côté de la porte de Brisach car il enjambe la rue de la grande fontaine. En 1780, il est question de le raser et de le reconstruire à la même place, mais l’administration royale refuse ce projet. Jusqu’en 1690, il abrite le bureau de poste de la ville. En 1784, la municipalité acquiert l’hôtel de Staal, place d’Armes, et y transfère l’hôtel de ville où il se trouve toujours aujourd’hui. L’immeuble, qui a perdu son affectation, est vendu en 1785 au pharmacien Polin, à charge pour lui de le démolir et de construire une maison de chaque côté de la rue de la grande fontaine. Il n’en subsiste que des murs de soubassement visibles en sous-sol.

 

Hôtel de ville, place d’Armes

À l’origine, cet édifice construit de 1722 à 1724 sur les plans de Philippe Eléonor Mareschal, architecte et ingénieur du roi, est l’hôtel particulier de François Noblat, subdélégué de l’intendant d’Alsace. Il est acquis en 1771 par Pierre François de Staal, seigneur de Cravanche, et rétrocédé en 1784 à la municipalité qui désire en faire son hôtel de ville. Si la façade garde dans l’ensemble son aspect d’origine, l’intérieur est profondément remanié afin d’être adapté à ses nouvelles fonctions. La salle d’honneur au premier étage, destinée aux réceptions officielles et aux fêtes, est ornée de peintures retraçant les épisodes les plus remarquables de l’histoire de Belfort. La grande salle du rez-de-chaussée ditesalle Kléberest la seule à avoir conservé son style d’époque. Elle est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis le 22 octobre 1922.

 

La maison canoniale, place d’Armes

En 1753, alors qu’elle est en cours de construction, cette demeure est achetée par la municipalité à François Bernardin Noblat, subdélégué de l’intendant d’Alsace, afin d’en faire la maison capitulaire du Chapitre de l’église Saint-Denis, aujourd’hui cathédrale Saint-Christophe. Vendue comme bien national à la Révolution, elle est acquise vers le milieu du XIXesiècle par Édouard Mény (1818-1891), notaire et maire de Belfort de 1855 à 1872. Elle est alors rehaussée d’un étage avec balcon. Premier magistrat exemplaire, Édouard Mény s’est dépensé sans compter tout au long des 103 jours de bombardement en 1870-1871. Au moment de quitter Belfort après le siège, le colonel Denfert-Rochereau s’est adressé à lui en ces termes : « […] vous vous êtes montré véritablement maire, donnant à tous l’exemple du dévouement », En 1872, c’est Édouard Mény qui fait appel à Auguste Bartholdi pour construire ce qui allait devenir l’emblème de Belfort, le Lion.

 

Le marché Fréry

Envisagée dès 1898, la construction du marché couvert débute en 1904 sur des plans de la maison Schwartz et Meurer à qui l’on doit les grilles du Grand Palais à Paris. Le cahier des charges précise que le bâtiment doit être élégant afin d’être en accord avec le quartier Carnot en cours d’édification : « la façade principale rue Fréry, formant entrée principale devra avoir un aspect monumental, elle sera surmontée d’un campanile avec la cloche du marché. Une grande horloge à 2 cadrans (un extérieur et l’autre intérieur) sera disposée dans la grande partie vitrée de la façade. » L’ornementation est particulièrement soignée : têtes de bœufs, cornes d’abondance, guirlandes, armes de la ville. La structure métallique est mise en place en juillet 1904. Le premier marché s’y tient le lundi 5 juin 1905. Rénovée en 1996, la grande halle a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 30 décembre 1983.

 

Marché du faubourg des Vosges

Le premier marché du faubourg s’est déroulé en plein air le 15 octobre 1891 sur l’emplacement de l’actuel square de la Roseraie. En 1927, un marché couvert est édifié quelques rues plus au nord. Le nouvel ensemble composé d’une grande halle métallique, œuvre des ateliers Schwartz-Haumont et d’une vaste place donnant sur le faubourg des Vosges, accueille ses premiers clients le 1erjuillet 1930. Le vitrail de la façade principale est l’œuvre du maître verrier Jeannain de Boulogne-Billancourt. De dimensions et de plan quasiment identique à son aîné le marché de la rue Fréry (56 mètres sur 34, ossature métallique sur colonnes, nef centrale avec bas-côtés), l’édifice présente une façade de style art déco ornée de nombreux motifs géométriques et d’une horloge couronnée par les armes de la ville. Il a été remis aux normes et rénové en 2003-2004.

 

Hôtel de Bellonde

Construit vers 1783 par M. de Bellonde, subdélégué de l'intendant d'Alsace et grand bailli de Belfort, le bâtiment est vendu à la Révolution comme bien national à M. Colleré de Foussemagne, lequel le revend ensuite au maître de forges Christophe Antonin. En 1814, l'impératrice Marie-Louise y loge avec son fils lors de leur voyage d’exil vers l’Autriche. C’est dans ce même lieu que décède, le 24 octobre 1815, le général Lecourbe au lendemain du siège qu’il a victorieusement soutenu contre les coalisés. De 1807 à 1902, le bâtiment est occupé par la sous-préfecture. En 1871, dès les premiers jours de l’occupation allemande, l’immeuble est habité par un sous-préfet prussien puis, jusqu’à l’évacuation de Belfort, par un gouverneur allemand. En août 1873, l’administrateur faisant fonction de préfet du Territoire de Belfort leur succède et le conseil général y tient ses sessions. Après la construction de la préfecture, l’immeuble est vendu en 1902.

Monument aux Morts

À l’issue de la Grande Guerre, alors que chaque commune de France tient à glorifier ses morts, Belfort confie la conception de son monument à l’architecte parisien Albert Lemonnier et au statuaire lillois Georges Vérez. Le monument en pierre blanche d’Euville représente une victoire ailée que certains, à l’époque, jugent trop lourde et trop ressemblante à une « Germania ». La Victoire tient à la main une couronne de lauriers et a, à ses pieds, une couronne de Poilus. Le monument est inauguré le 30 novembre 1924 en présence du général Nollet, ministre de la guerre. En 1930, une plaque de bronze est ajoutée au monument. On peut y lire le poème De Profundis de Jean Marc Bernard tué à Souchy en juillet 1915. En février 1941, les Allemands font effacer une inscription qui leur déplaît : « À la mémoire des enfants de Belfort, tombés en défendant la noble cause du Droit et de la Civilisation ». Elle est rétablie à la Libération. En l’an 2000, les noms de tous les Belfortains morts pour la France au cours du XXe siècle sont gravés au pied du monument.

Monument des Trois Sièges

Envisagé en 1901 à la mémoire du colonel Denfert-Rochereau, le thème du monument est élargi sur proposition d’Auguste Bartholdi aux trois commandants de place qui, au XIXe siècle, ont victorieusement défendu Belfort : le commandant Legrand (siège de 1813-1814), le général Lecourbe (siège de 1815) et le colonel Denfert-Rochereau (siège de 1870-1871) dont la statue est érigée à la place d’honneur, face à la préfecture. Le motif central montre une France offrant une couronne de lauriers à Belfort avec, à leurs pieds, un coq prêt à chanter la délivrance prochaine des provinces annexées. Derrière ce groupe, deux jeunes gens représentent la jeune Alsace se réfugiant à Belfort avec le drapeau de la Patrie. Dans le piédestal sont incluses des pierres de grès rose provenant de la fortification de Vauban. Bartholdi décède le 5 octobre 1904 sans avoir eu le temps de terminer son œuvre. Il faut alors toute la détermination de sa veuve, face à la municipalité qui veut rompre le contrat la liant à l’artiste, pour que le groupe soit achevé par les sculpteurs Noël et Dechin et inauguré le 15 août 1913.

 

A la mémoire d'André Larger

Nous tenons à saluer le travail d’André Larger, auteur de ces textes. Il a beaucoup apporté à la collectivité par son érudition en matière historique et sa disponibilité. Il a en effet toujours répondu présent pour participer à des manifestations, à travers des textes et des conférences. Nous regrettons encore vivement sa disparition survenue le 25 décembre dernier.  

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