150 ans du Siège de Belfort

Belfort célèbre le 150e anniversaire du siège de 1870-1871

La guerre franco-prussienne de 1870-1871 marque un tournant dans le destin de notre ville. Invaincu malgré un siège de 103 jours, Belfort devient un symbole de la résistance à l’ennemi. Seul bout d’Alsace resté français, notre ville va connaître un formidable essor en accueillant les usines des industriels haut-rhinois.  

À l’occasion du 150e anniversaire de ce siège, la Ville de Belfort vous invite à revivre ce moment fondateur. 

Pour vous imprégner de cet évènement qui a changé le destin de notre ville, retrouvez chaque semaine, grâce à l’infolettre, notre feuilleton des 150 ans du siège de Belfort. Le premier épisode vous dévoile le programme foisonnant qui vous attend !

 

 

Épisode 1 - 03/07/2020

103 jours de siège, 73 jours de bombardements, près de 700 maisons et immeubles abîmés ou détruits, 3 150 soldats blessés ou disparus et 1 600 morts dont 300 civils côté français, 2 000 victimes prussiennes, au moins 100 000 projectiles tirés sur Belfort : ces quelques chiffres reflètent bien la dimension du siège pour notre ville. 

Le siège par ceux qui l’ont vécu

Mais derrière la froideur des chiffres, il y a des soldats, peu préparés, mal équipés, des civils terrés dans des caves, passant de l’exaltation patriotique à l’envie de voir le siège s’arrêter, des hommes d’exception comme le colonel Aristide Denfert-Rochereau ou le maire Édouard Mény. 

Comment notre ville a-t-elle pu résister pendant ces longues semaines ? À quoi ressemblait la vie des habitants et des soldats ?

Un programme foisonnant

C’est cette réalité-là que la Ville de Belfort vous propose de découvrir à travers les rendez-vous dédiés au 150e anniversaire du siège de 1870.

  • Exposition 103 jours, avec des objets, portraits et témoignages inédits au musée d’Histoire.
  • Exposition Art’s SITU, parcours artistique dans la montée et la cour d’honneur de la Citadelle. 
  • Tout au long de l’été : visites théâtralisées et visites guidées des musées de Belfort et de Belfort Tourisme. 
  • À l’automne, exposition la Revanche, fièvre ou comédie ? à la Tour 46. 
  • Exposition Trésors à la page sur la Société belfortaine d’émulation, créée pendant l’occupation prussienne (1872) à la bibliothèque municipale.
  • Présentation de documents liés à la fin du siège aux archives municipales.
  • Conférences et causeries.
  • Exposition de l’Aphiest (Amicale philatélique de l’Est) avec le lancement d’un timbre-poste national pour les 150 ans des ballons montés et d’un timbre dédié au siège de Belfort.

Des évènements jusqu’en 2021

Ces rendez-vous se prolongeront jusqu’à l’été 2021 avec un week-end dédié au siège lors du festival d’Histoire vivante (annulé cette année en raison de la crise sanitaire liée à la Covid-19).

Dans votre Belfort Mag, vous retrouverez à partir du numéro de septembre-octobre une série d’articles qui décryptera le siège et, grâce à l’infolettre, vous pourrez vous plonger chaque semaine dans le quotidien des militaires et civils.

Pour en savoir plus : 

 

 

Épisode 2 - 10/07/2020

Belfort en 1870 : sous-préfecture du Haut-Rhin et ville de garnison

Belfort, en 1870, est le chef-lieu de l’un des trois arrondissements du Haut-Rhin (avec ceux de Colmar et Mulhouse). La ville, qui compte environ 6 000 habitants, est encore enserrée dans ses remparts. Pour l’imaginer, oubliez l’autoroute A36, les grandes avenues et la plupart des quartiers actuels.

Rendez-vous place Corbis et tournez-vous vers la citadelle. Au-delà de la Savoureuse, pas de grands immeubles mais un vaste espace dépourvu de végétation : c’est un « glacis », aménagé en avant des fortifications. Traversez la rivière et dirigez-vous vers l’enceinte fortifiée. Pour atteindre la porte de France, il vous faut franchir le fossé qui ceinture la ville et emprunter un bastion, une demi-lune semblable à celle qui permet aujourd’hui encore de rejoindre la porte de Brisach. 

La porte de France perce la muraille qui relie la Tour 41 (musée des Beaux-Arts) à la Tour 46 (espace d’exposition temporaire), traversant l’actuelle place de la République.

Des casernes en ville

Vous voici en ville où cohabitent militaires et civils. Des casernes sont adossées aux remparts et font pratiquement tout le tour de la cité ; on trouve également un manège pour les exercices d’équitation, l’arsenal et des pavillons abritant des services de l’armée, des bureaux, des écuries.

La place d’Armes est déjà le point central de Belfort, avec l’Hôtel de Ville, la prison, l’arsenal (ancien hôtel du Gouverneur) et l’église Saint-Christophe. La place est agrémentée d’une « promenade », une allée de tilleuls où l’on vient se montrer et se détendre à l’ombre des feuillages. 

La préfecture se trouve au 18 Grande-Rue, face à la petite fontaine. C’est là qu’est mort le général Lecourbe quelques semaines après la fin du siège de 1815. 

Des faubourgs qui grandissent

À l’extérieur des remparts, la ville grandit doucement à travers ses faubourgs : le faubourg de Montbéliard, le faubourg de France qui mène à la gare (inaugurée en 1858), ceux des Ancêtres et du Magasin, sans oublier les hameaux du Fourneau et de la Forge. 

Là aussi, le monde militaire est très présent : le faubourg des Ancêtres est le quartier de la cavalerie. Des casernes s’élèvent à l’Espérance. Plus loin, les forts de la Justice et de la Miotte sont reliés par le front du Vallon, pendant que le fort des Barres conçu par le commandant Aristide Denfert-Rochereau est pratiquement achevé.

Le tout est dominé, depuis le sommet de la falaise, par la caserne de la Citadelle et son architecture sévère.

Au-delà, ce sont des champs, des fermes, des forêts, des vallons et des ravins, un relief escarpé par endroits que l’urbanisation n’a pas encore atténué. 

Une petite ville animée

La présence de la garnison est un atout pour Belfort. Que font ses habitants ? Ils sont artisans, négociants (bois, vin, poissons, métaux…), commerçants, cultivateurs, fonctionnaires, médecins, avocats, rentiers… La ville possède quelques petites industries : tanneries (au Fourneau), teintureries, brasseries… 

Pour l’agrément de tout ce petit monde, la ville compte un nombre incroyable de cafés et d’auberges. En 1855*, on recense ainsi près de 70 cabaretiers, cafetiers et aubergistes, en ville comme dans les faubourgs. 

La ville dispose d’un hôpital militaire, d’un hospice civil et d’établissements de bains, d’un théâtre à l’arrière de l’hôtel de ville, d’écoles communales pour les garçons et les filles, d’un collège mais pas encore d’un lycée.

Une situation géographique unique

Belfort est en somme une petite ville -presque- ordinaire, avec une situation géographique unique entre Vosges et Jura, à la fois un nœud routier et ferroviaire. Les routes de Paris et Lyon se rejoignent sur la rive gauche de la Savoureuse à la hauteur du pont qui traverse la rivière (au niveau de l’actuelle place Corbis). Les routes de Bâle et Colmar s’unissent au nord-est de la ville pour rejoindre la porte de Brisach. 

La ligne de chemin de fer allant de Paris à Mulhouse passe à Belfort, avec une bifurcation qui se dirige vers Besançon et Lyon. En 1870, le chemin de fer va jouer, pour la première fois, un rôle primordial pour le transport des troupes et du matériel en temps de guerre. 

* Auguste Corret, Histoire pittoresque et anecdotique de Belfort et de ses environs, 1855

Épisode 3 - 17/07/2020

La guerre franco-prussienne de 1870-1871 : aux racines du conflit

Le 30 juin 1870, le chef du gouvernement français, Émile Ollivier, déclare aux députés du Corps législatif* : « De quelque côté que l’on regarde, on ne voit aucune question irritante engagée et à aucune époque le maintien de la paix en Europe n’a été plus assuré ». 

Vingt jours plus tard, la France déclare la guerre à la Prusse. Comment en est-on arrivé là ?

La guerre franco-prussienne oppose une puissance sur la défensive et une puissance en plein essor. 

La première, c’est le Second Empire. Alors qu’il défend la paix tout en montrant son attachement aux nationalités, Napoléon lll s’engage dans de multiples campagnes militaires (Crimée, Italie, Chine, Mexique…) afin d’assoir sa politique extérieure. Destinées à rétablir la « grandeur » de la France, ces expéditions aux succès très divers ont provoqué la méfiance de ses voisins européens et écorné la crédibilité de sa diplomatie.

En 1866, la victoire de la Prusse contre l’Autriche a modifié l’équilibre des pouvoirs en Europe et la France considère désormais la Prusse comme un danger.

La Prusse, puissante montante

La Prusse du roi Guillaume von Hohenzollern et de son chancelier Otto von Bismarck est en effet la puissance montante en Europe. L’Allemagne que nous connaissons aujourd’hui n’existe pas encore. Elle est morcelée en de multiples États qu’Otto von Bismarck a entrepris de réunir. La victoire contre l’Autriche lui a déjà permis de créer la Confédération de l’Allemagne du Nord (21 États allemands). 

Pour achever l’unification avec les États du Sud (Bavière, Wurtemberg, Hesse, Bade), rien de tel qu’un ennemi commun comme la France. D’autant que le souvenir de la défaite humiliante d’Iena en 1806 face à Napoléon 1er est encore vivace en Prusse, que certains nationalistes aimeraient récupérer l’Alsace, et que la volonté répétée de la France de s’étendre sur la rive gauche du Rhin est vue comme un obstacle à l’unité allemande.

Le détonateur de la crise

Désirs de puissance et vieux différends constituent un cocktail explosif qui ne demande qu’à éclater. C’est ce qui se produit le 2 juillet, lorsque la France apprend officiellement la candidature au trône d’Espagne du prince allemand Léopold von Hohenzollern, cousin du roi de Prusse Guillaume. Une candidature poussée en sous-main par le chancelier du roi de Prusse, Otto von Bismarck. 

La France refuse de se voir encerclée par des dynasties prussiennes, mais au lieu de garder la tête froide, elle se répand en déclarations menaçantes par la voix de son ministre français des Affaires étrangères, le duc de Gramont qui accuse la Prusse de vouloir porter atteinte à l’honneur de la France. 

La dépêche d’Ems, un chiffon rouge pour la France

Le roi Guillaume a beau retirer son soutien à la candidature de son cousin le 12 juillet, la France s’entête et exige des garanties par la voix de son ambassadeur, Vincent Benedetti. Sa rencontre avec le roi de Prusse dans la ville thermale d’Ems est courtoise, mais Bismarck en tronque le récit de façon à faire croire que l’ambassadeur a été humilié par le roi de Prusse. 

C’est la fameuse dépêche d’Ems, un chiffon rouge qui agite l’opinion publique à Paris et Berlin. 

Si Napoléon lll lui-même n’est pas favorable à la guerre, son entourage y voit un moyen de consolider la dynastie, pendant que, pour le gouvernement d’Émile Ollivier, c’est une façon de s’affirmer face à une chambre des députés hostile.

Le 14 juillet, la mobilisation est décidée par la France, le 15, elle est approuvée par le Corps législatif et le 19, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse. 

La victoire des passions sur la raison

Ce qui aurait pu se régler de façon diplomatique se transforme ainsi en guerre, grâce à une ruse opportuniste de Bismarck face à un régime qui s’est enfermé dans une logique de l’affrontement, encouragé par des manifestations enthousiastes à Paris. 

La France se retrouve dans le rôle de l’agresseur, sans alliés, mais croyant son armée capable d’affronter un État disposant d’une puissance militaire inédite en Europe.

*L’Assemblée législative

Bibliographie

François Roth, 1870
Michael Howard, The franco-prussian war

 

 

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